une psychopathologie aurovilienne ?

L’UNESCO a inauguré en 2009 à Paris, à son siège,  la statue de Sri Aurobindo, dont elle soutient depuis l’origine le projet de cité universelle, Auroville, près de Pondichery, inaugurée par « Mère », la compagne spirituelle d’Aurobindo, en 1968. Cette cité est toujours aujourd’hui un creuset de recherches spirituelles mais aussi écologiques, architecturales,  artistiques, éducatives, etc…, dans un esprit collectif et parfois communautaire, et qui se veut symbole de la réalisation sur terre d’un nouvel élan humain.

Graeme Allwright a participé à l’aventure de reboisement de ce qui fut au départ une zone aride, avec son ami Joss, rencontré en France, et qu’il retrouve d’abord dans l’Himalaya, avant de le rejoindre à Auroville, dans le sud de l’Inde. Convaincu par le message d’Aurobindo, qu’il livre dans beaucoup de chansons, G. Allwright est cependant plus sceptique sur ce lieu particulier où la conscience devrait émerger; l’évolution à venir, dit-il, se fera partout où il y a travail de conscience, et pas seulement à Auroville !

Selon Aurobindo, l’humanité traverse actuellement une crise non pas politique, morale, ou religieuse, mais bien une crise évolutive: « le mental humain est parvenu à un stade où il a accompli d’immenses développements dans certaines directions,  tandis qu’en d’autres il est arrêté, et, désorienté, ne peut plus trouver son chemin ». Le Yoga intégral enseigné par Aurobindo propose non pas une fuite dans des mondes éthérés, mais la préparation du corps à la réception du divin en cette existence terrestre, pour la réalisation matérielle progressive de cette mutation. Auroville se veut un creuset de ces expériences spirituelles et sociales nouvelles. Elle est actuellement une des rares « utopies » contemporaines du mouvement de la contre-culture des années 1960 a être toujours en activité. C’est aussi une expérience écologique unique, les habitants n’ont cessé de reboiser ces terres arides issues de l’érosion des sols, et la ville est actuellement un ilot vert… convoité par les entrepreneurs voisins…  et menacé par la montée de la nappe saline. Mais le banyan que Mère a vu un jour en rêve et choisi comme centre de la future ville veille, pôle spirituel de la cité… pour la partie des auroviliens, en tout cas, qui continue à développer le travail de conscience, car il y a des dérives, et des européens ou des indiens nantis qui profitent ici d’un habitat écologique et d’une main-d’oeuvre tamoul bon marché… les « deuxièmes générations » d’auroviliens se reposent quelque peu sur les acquis de leurs ainés… Mais de nouveaux venus par contre développent des projets écologiques originaux, dans l’esprit fondateur  (le projet Sadhana Forest, un peu en périphérie d’Auroville, réfléchit par exemple concrètement et spirituellement à la façon optimale de régénérer la biomasse dans un environnement désertifié par la monoculture instaurée à l’époque coloniale).  Auroville est un espace de liberté où toutes les expériences sont les bienvenues, si l’on s’accorde à certaines exigences collectives, comme renoncer à la propriété de son habitat.

Cette nouvelle reconnaissance par l’UNESCO, confirmation de l’engagement de  1955 , témoigne du caractère concret du projet d’Aurobindo,  synthèse entre Occident et Orient, et qui vise à un monde meilleur où compétition et profit ne sont plus moteurs, mais bien le plein développement de chacun, dans un esprit fraternel. Rappeler que « La Mère », Mira Alfasa, avait des visions depuis son plus jeune âge, qu’elle décida de tout « plaquer » pour l’ashram à l’instant où elle vit Sri Aurobindo l’élu de ces visions, que ce dernier lui confia la gestion matérielle de la communauté, que son « yoga cellulaire » est à l’interface de la discipline et de la psychose, que des disciples la séquestrèrent quasiment dans son grand âge afin de garder la main-mise sur l’oeuvre, qu’il y eut des affrontements et des dérives à Auroville, oui… Mais Auroville est toujours là, une des rares utopies de la contre-culture des années 70 à persister.

Pour Graeme Allwright, cependant, le travail de conscience n’a pas besoin de temple et peut se faire en tout lieu, nul besoin d’Auroville pour vivre Aurobindo; et « Aurobindo, ça, ça, j’y crois ! » dit-il avec conviction. La Mère et sa pathologie ? Graeme aussi expliqua, en février 2015 sur France-Culture, sa propre exploration de toutes les couches de la vie, son exil et ses rôles d’acteurs qui firent qu’il ne savait plus qui il était, les soins psychiatriques, le nécessaire retour à la terre, puis les retrouvailles sous les traits du chanteur, mais qui ne reste pas toujours le même, qui se transforme en chantant, et qui se glisse aussi avec plaisir dans les chansons des autres quand elles le « touchent ». Passeur d’évolution.

 

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