« et c’est comme ça que tout a commencé » (on ne veut plus de toutes vos guerres)

L’action antimilitariste – ou plutôt anti-guerrière – de Graeme Allwright est fondatrice. Il rappelle avec émotion sans doute, dans le reportage de Chantal Perrin consacré aux liens entre la France et la Nouvelle-Zélande (« Ils sont venus du bout du monde »), que son père a participé pendant la première guerre mondiale aux combats pour la reprise du Quesnoy, dans le nord de la France, et a eu la chance d’échapper à la boucherie. Durant la seconde guerre mondiale, c’est le décès de son frère dans la campagne d’Italie… « Une plaie qui reste ouverte » dira-t-il… Le départ ne tardera pas. Quand, plus tard, le disque contenant ses premières chansons sortira, il débutera par une reprise de Pete Seeger, « Jusqu’à la ceinture », et ce n’est sans doute pas un hasard, Graeme dénonce l’absurdité de l’autorité dans l’institution-armée. Le combat commence, il prendra une forme plus spirituelle dans « Le jour de Clarté » où l’on entend quand même « on ne veut plus de toutes vos guerres », il côtoiera l’absurde dans la magnifique chanson « Jonhy » autour d’un « dégât collatéral », le bombardement de soldats américains par leurs propres forces aériennes pendant la guerre du Vietnam. Allwright fut au Larzac en lutte contre l’extension du camp militaire; dans « Pacific blues » (chanson reprise comme titre par le second long métrage de Chantal Perrin, biographie de Graeme Allwright), il dénonce les essais atomiques français dans le Pacifique.

Pacifiste plutôt qu’antimilitariste. La guerre doit être abandonnée car elle est le comble de la croissance inutile, l’exacerbation de l’activité économique, l’objet absurde dont l’hyper-production tue l’homme. Un des maîtres a penser de Graeme Allwright, Sri Aurobindo, prôna la violence contre les colons anglais en Inde, avant de se consacrer aux expériences spirituelles, et fut un opposant à la non-violence de Gandhi. Allwright évolua selon une trajectoire similaire: après avoir prêché une révolution active, il est maintenant convaincu que la « grande secousse » viendra d’un travail individuel de conscience, qui peu-à-peu, progressivement, mais inéluctablement, fera force d’attraction positive pour l’humanité.

Protestataire actif plutôt que non-violent. D’ailleurs son « double » Leonard Cohen est un admirateur paradoxal de la cause militaire, lui qui se voit en « Field Commander »… Allwright diffuse à chacun de ses concerts ses paroles pacifistes et lumineuses pour remplacer celles haineuses et racistes de la « bloody » Marseillaise… mais je ne l’ai jamais entendu chanter « le capitaine » de L. Cohen, dont il a pourtant traduit les paroles: on peut naître à la conscience avant que de mourir.

Mon capitaine, je dois partir
Il y a du sang sur vos mains
Mon capitaine connaissez-vous
Un endroit qui est bien ?

Il n’a pas d’endroit bien pour se tenir
Dans un massacre, tu sais.
Mais si une femme prend ta main
Tiens toi à ses cotés.
J’ai laissé une femme dans le Tennessee
Et un bébé à Saïgon
Si j’ai souvent risqué ma vie
Ce n’était pas pour une chanson

Ah, mais si tu ne peux pas porter ton amour
A un niveau très élevé
Alors, tu es l’homme qu’il me faut
Tiens toi à mes cotés..

(…)

Je suis du coté des perdants
Contre les forces du Ciel

Et j’ai lu la Charte des Droits de l’Homme.
Il y a du vrai, je le conçois
Mais il n’y avait plus de fardeau là
Alors, je le pose sur toi

The Captain, L. Cohen, adaptation française de G. Allwright

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