… et la tristesse s’est en allée (un p’tit pat’lin vers l’Inde)

Café crème et Clermont-Graeme, suite de tous les visas, plus aucun passeport n’est nécessaire, des intérieurs se parlent, mais distants dès qu’ils se quittent. « Nous on est toujours là », dit le voyageur à ceux qui toujours le suivent. Ce matin le Puy est dégagé -oh, tout juste, tout juste, sous l’épais qui trône, tout juste et donc sensuel, mamelon de la déesse non mère, mais maîtresse sauvage et implacable et pourtant juste sur la ville sans encore de temps, pierre noire enchâssée, pierre profonde et écrin vert- je suis dans le train qui est déjà parti devant nous, car peut-être sommes-nous deux, puis qui hésitant est revenu, permettant sa motrice, ordre de marche. Sainte-Colombe depuis le matin craignait l’heure, me dit son musicien, qui m’assure qu’ils seront toujours là. Le train est bien l’essentiel pour Sainte-Colombe, de son adieu cyclique et en marche ; pour la nostalgie il avoue des trous, les musiciens bien sûr sont toujours là, pour le voyage il n’a besoin de personne, et c’est lui qui est en avance. Mauvaise sono, et des Gaulois peu amènes au bar, bien sûr, bien sûr. Puis le sourire, et l’attention, fini l’obligé, et il faut bien vivre, comme s’excuse la patronne, à l’air des arbres qui font encore le papier-monnaie. Bientôt il sera bien présent, quoi qu’épaulé, bien présent parce qu’épaulé, et par ses mots tout est. Les mots, de cet Alleluhiah adapté et qui n’est donc plus tout-à-fait le même mais qui est étrangement d’encore plus de présence, cette adaptation qui comme à l’accoutumée en allwrightie livre l’essence, c’est bien ça, pas le fluide récusé des mystiques béats, mais le carburant de la révolte, Revolution, Revelation. Il était inutile, après mon salut au musicien, après la poignée de sourire aux musiciens, toute dédicace d’hier était inutile, ce n’aurait été que pour offrir, et ce n’est pas comme cela que Sainte-Colombe touche, il faut être là, et ils me l’ont assuré, nous on est toujours là, tout assaut à sa recherche dans ce train est péremptoire, nous sommes bien dans le même train, et je suis bien plus en marche de cette énergie là tout à côté du bleu sublime qui s’impose à mon chemin, bleue et belle, fraîche d’attente, eau riche. La beauté est soeur de révolte. Les mots donc, Tu dis qu’en vain j’ai pris le nom  Mais je ne connais pas le nom  Et puis, qu’est-ce que ça peut te faire, au fond ?  Dans chaque mot brille une flamme  Et qu’importe que l’on proclame  Le sacré ou le meurtri Alléluia, et dans ces éclats sa douleur même lui a montré la voie du bonheur et la tristesse s’est en allée, de ce Ail ! maintenant final de mon enfance, et de Meditation. Mais déjà la Lumière d’Aurobindo – sans le trust, bien sûr, bien sûr, « moi Aurobindo j’y crois », se livre Sainte-Colombe – mais nous, je vous le rappelle, on est bien dans le train, bien, et il faut que l’on s’en aille, et ça nous fait une bien étrange peine, mais on est bien dans le train, s’est en allée, s’est en allée… Le mots, la douleur, mais bien la révolution, toutes les choses ont une fin, rien n’est permanent, dit Sainte-Colombe dans un timide mais appuyé Namaste, et la mort ce n’est pas triste, et je reste seul sur la scène, chaleureuse, tous rameurs au moins d’un instant, et c’est gagné. Les mots et leurs éclats, la traversée de la douleur,  et la renaissance à la lumière, et tout le reste n’est que folklore, il n’y a pas ici de message, goguenard, il y a tout ici, et tout vous reste à faire, nuit, amour, et tous les matins des nouveaux mondes. Ça aurait été bien inutile de faire dédicacer comme une excuse un vieux disque que seuls les marchands du temple osent traiter de nouveauté, un fleuve n’est ni neuf ni vieux, il est calme, il emporte. Il voyage. Le remercier est la moindre des choses:

Graeme,
Merci pour cette énergie que vous nous donnez chaque soir de concert, ce fleuve parfois étrange, parfois drôle, toujours en mouvement, et qui nous voyage. Kipling nous disant grâce à vous, comme Aurobindo,  que le penseur doit aussi agir, est sans doute un de vos exploits dont je vous remercie. Comme je vous remercie de vos adaptations de Cohen qui donnent toujours plus de présence, et justement qui vont plus loin que la seule mystique de l’écoute de Cohen pour un francophone, car elles donnent ce carburant de la révolte qui suit la révélation, elles nous donnent un peu de cette essence de votre voyage, dont nous avons tant besoin …

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