Allwright chante Aurobindo

allwrightbindoLa Lumière est partout dans l’oeuvre de Graeme Allwright: Le Jour de Clarté, Ombre, Transformation Blues, Lumière, etc… Cette lumière intérieure qui l’habite et qu’il tente de nous faire partager, « still touring », doit beaucoup à la rencontre spirituelle entre le chanteur et « un grand penseur hindou », comme il le convoque sur scène, Sri Aurobindo. Rien de fortuit, rien d’un accident de parcours, mais depuis longtemps un chemin en compagnie de philosophes – certains diront de mystiques – (Teilhard de Chardin, Maître Eckhart, François d’Assise, Le Bouddha, etc…) qui tous refusent la vision de notre existence réduite à ses aspects matérialistes  et nous incitent à nous préparer à recevoir cette Lumière dont nous sommes séparés.

Aurobindo (1872-1950) s’oppose à la colonisation anglaise du monde indien, mais considère aussi que la non-violence pronée par Gandhi ne peut être efficace. Il fait le constat de l’échec du mode de développement économique occidental, vide de sens et source de conflits guerriers (une époque qui s’est résolue à vider la vie de son sens en transformant la terre en une espèce de fourmilière ou de ruche magnifiée), et il prône des actions de développement durable (Il est louable de couper des branches dans l’arbre de douleur d’un homme, mais elles repoussent; prêter main-forte à cet homme pour retirer les racines de cet arbre est une façon d’aider encore plus divine). Après un séjour dans les geôles anglaises, où il fait une expérience spirituelle, il fonde à Pondichery l’ashram où, retiré de la vie publique, il développe sa doctrine: l’homme n’est qu’à un stade bien imparfait de son évolution, et le développement de ses capacités spirituelles doit aboutir à l’éveil d’une supraconscience, mental de lumière, connaissance directe du divin. Il élabore un Yoga intégral qui doit permettre à chacun, par un travail sur soi-même, la progression vers ce nouvel état, de faire descendre en nous par l’union avec la mère divine toute la lumière. L’originalité de son enseignement est qu’il ne s’agit pas uniquement d’aller vers le divin dans un but de libération du corps, de la matière, mais aussi d’assurer le mouvement inverse, l’accueil en soi de l’énergie divine, divinisation de la matière, réalisation. Le mysticisme d’Aurobindo est « actif », cherchant à modifier le monde d’ici-bas, sans fuite dans une immatérialité impalpable.

 

La Mère, compagne d’origine française de Sri Aurobindo, créera après le départ de ce dernier, près de Pondichery, la cité d’Auroville, qui doit allier modernité et philosophie de Sri Aurobindo. Le projet d’universalité, d’une ville qui appartient à tous, basée sur des modes de développement originaux, est soutenu par l’UNESCO. Graeme Allwright a fait de nombreux séjours en Inde et contribué au reboisement d’Auroville, zone aride qui fut transformée par ses pionniers en forêt tropicale. Cette cité utopique est une des rares expériences communautaires des années 1970 – sinon la seule – à survivre plus de quarante ans après sa fondation. Expériences écologiques, éducatives, architecturales et spirituelles s’y cotoient dans un climat (au moins théorique) de non-dirigisme et de liberté individuelle. Graeme Allwright, qui croit fortement en la philosophie d’Aurobindo, critique cependant certaines dérives élitistes ou sectaires de la cité créée par la Mère, et considère que « si l’homme nouveau doit venir, pourquoi serait-ce en un lieu spécifique et non partout ? » Comme Aurobindo, Allwright a évolué d’un engagement plus politique (engagement antimilitariste lors du « Larzac », contenu révolutionnaire de ses premiers protest-songs) vers une recherche plus spirituelle, un combat plus intérieur: « le système capitaliste, basé sur le seul profit, n’a pas d’état d’âme. L’homme n’arrivera jamais à une justice sociale pour tous par les moyens matériels (…). On ne peut s’en sortir que sur le plan spirituel ».

Certaines des chansons de Graeme Allwright reprennent des textes d’Aurobindo ou en sont directement inspirés. Lumière, régulièrement chantée en concert, est ressentie comme une véritable profession de foi du chanteur (The children coming through the haze, coming to the final phase of evolution…); la chanson My cells are changing est elle directement inspirée du yoga cellulaire de Mère. Parmi les autres textes « aurobindiens », on a par exemple Le monde se prépare a un grand changement, Nirvana, Sun song, Transformation blues (Dans la matière s’allumera la radiance de l’esprit, en chaque corps brûlera la naissance sacrée).

saut-de-conscience

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